Les Banques Privées et l’Intelligence Artificielle

La nouvelle campagne marketing ainsi que le site institutionnel de Lombard & Odier ressemblent à l’image véhiculée par le film « Ex-machina » ou encore par le blog « futurism.com » qui traitent des tendances futures en terme d’idéologies financières, humanistes et technologiques.
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Publicité dans le Figaro Magazine.

Curieux positionnement pour une banque d’affaires qui sera impactée violemment par l’Intelligence Artificielle qu’elle décrit comme un nouveau eldorado d’investissements en invitant à découvrir la quatrième révolution industrielle !

Contrairement à ce qui est largement répandu à tort dans les strates élitistes de la pensée digitale unique, ce n’est pas la profitabilité et les revenus qui seront touchés par l’automatisation technologique, mais les banques de la taille de L&O, Pictet et toutes les spin-off de Private banking des grandes banques commerciales pourront fonctionner parfaitement par entités avec seulement quelques dizaines d’employés dans 15 ans.

Les bourses mondiales n’ont plus de corbeilles physiques et sont dématérialisées, ce sera la même destinée pour les banques. En effet, le machine learning et l’IA prendront en charge 90% des besoins clients car les algorithmes pourront s’adapter beaucoup plus rapidement aux effets de la spéculation et se grouper en force pour créer des effets de levier grâce à la création monétaire. Ils respecteront le profil des investisseurs qui confieront leurs avoirs en le personnalisant à outrance, par exemple, un conseiller virtuel, à demande, expliquera la situation en temps réel de la performance du portefeuille à travers une micro-oreillette comme dans le film « Her » de Spyke Jonze qui décrit parfaitement le futur hyper-réaliste de l’IA. Cela en sera fini des traders devant leurs écrans, des conseillers, des gestionnaires ! Pleins pouvoirs aux ingénieurs !

Les algorithmes géreront à la milliseconde les ordres de marchés et les portefeuilles comme le fait déjà aujourd’hui le trading à haute fréquence sur n’importe quelle place financière, cela durera tant que le système de création/destruction monétaire FIAT existera pour alimenter à l’infini la masse monétaire mondiale et la dette.

Pour revenir à L&O, pourquoi alors développer des infrastructures démesurées pour accueillir des milliers d’employés d’ici à 2024 ? Comme le déclare Patrick Odier en 2017, associé gérant senior de la banque, «C’est une étape stratégique pour notre maison. Elle reflète notre volonté d’investir. Le nouveau siège rassemblera les 1500 collaborateurs du canton, actuellement répartis sur six sites différents». Est-ce un manque de vision car c’est en complète contradiction avec leur plan de communication actuel.

Comme pour l’ubérisation, la plupart des employés, managers et actionnaires du secteur traditionnel estiment qu’ils ne seront pas ou peu touchés par l’IA et que c’est réservé aux autres secteurs. Sauf que la matière grise digitale est une révolution beaucoup plus profonde qui intrigue suffisamment ces banques d’affaires pour en faire une arme de Marketing stratégique.

Et comme c’est le capital et la rente qui donnent corps aux activités de placements financiers de L&O depuis 1796 et non le fruit du travail salarié, qui va disparaitre ou être réparti différement selon les conclusions de leur communication, alors L&O a encore des décennies de succès et de profitabilités devant elle.

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La Vision, une qualité inconditionnelle

La vision en 2017 est le critère le plus important pour le recrutement et le management. Il ne faut plus recruter en priorité par compétences ou expériences mais par le biais de la vision du candidat. De même, le poste le plus critique et le plus haut hiérarchiquement dans une société devrait être celui du Directeur de la vision (COV) qui va définir la stratégie d’une entreprise en rapport avec son marché, la concurrence et le futur.

La course aux innovations, les régulations contraignantes ou laxistes, les instabilités écologiques et politiques transforment en profondeur aujourd’hui la gouvernance d’entreprise.

Des exemples comme entre autres, Kodak, Blackberry et Nokia ont démontré de manières abruptes que les compétences, la qualité des managers et l’expérience n’ont servi en rien à sauver ces entreprises culte du 20 ème siècle.

Je me permet une analogie directe aujourd’hui avec l’industrie du Tabac qui va connaitre le même destin. De plus en plus de régulations réduisent la consommation du tabac. Cette industrie est parmi celles qui engendrent le plus de décès dans le monde et est condamnée, non pas par les innovations ou la technologie, mais par la normalisation de l’interdiction de fumer et la morale.

Or ces multinationales du tabac s’ingénient à mettre sur les marché des placebos en imaginant que ce seront leurs futurs business model, soutenu par des déclarations de bonnes intentions ! Au delà de l’ingéniosité et de la qualité des produits placébos (voir article sur Marlboro et PMI dans le Figaro du 14/04/2017), c’est une erreur stratégique fondamentale ! Car le tabac reste le tabac, même dilué, il est asservi par une image et un comportement éthique désastreux pour l’entreprise et ses employés/fournisseurs/actionnaires en regard de ses effets sur la santé. Comme l’écrit le journaliste dans cet article, il s’agit bien d’une révolution copernicienne qui est le renversement de la représentation d’un monde sur le déclin.

Il convient donc de transformer le modèle d’affaire et le muant en une multinationale active dans le domaine de la santé avec comme pitch, « NOUS ALLONS VOUS AIDER À NE PLUS FUMER »

Tout comme Kodak qui aurait pu se préparer à commercialiser très tôt des services et des supports numériques comme Instagram et Icloud, il faut dès aujourd’hui débuter cette transformation avant de laisser ce marché à des innovateurs de la santé connectée qui vont cibler, à n’en pas douter, le marché de l’éradication du tabac.

Article paru dans le Temps le 14/07/1017 https://www.letemps.ch/economie/2017/07/14/coeur-manoeuvres-philip-morris

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Après la désindustrialisation, la dématérialisation

Faudra-il attendre 40 ans pour que la théorie de la destruction du travail tel qu’on le définit aujourd’hui soit reconnue ?

Si l’optimisme politique de façade est d’actualité en Europe (1) concernant la baisse du nombre des chômeurs en 2014, il n’en va pas de même dans les faits.

La désindustrialisation dans le monde s’accélère depuis plusieurs décennies, mais ce n’est rien en comparaison de la dématérialisation ou encore le désemploiement forcé qui vont provoquer en moins de 20 ans le plus grand plan social de licenciements de l’après guerre dans tous les pays industrialisés.

En France, un simple coup d’œil sur notre environnement de vie actuel nous éclaire déjà sur l’omniprésence de ce phénomène. Il n’y a presque plus d’employés dans les agences bancaires car il est possible de réaliser toutes ses opérations directement par Internet ou aux distributeurs, la poste aussi opère une mue vers des services postaux sans employés. Les supermarchés s’équipent de caisses automatiques sans caissière, des robots vont bientôt achalandé les rayons de marchandises. Bientôt des taxis sans chauffeur vont nous conduire automatiquement sur certains tronçons, etc…


Des caisses automatique chez Carrefour

Les services publics ont de plus en plus de guichets numériques qui font baisser significativement le nombre de fonctionnaires et bien d’autres secteurs encore vont détruire l’employabilité dans un futur proche, comme les services web et mobiles de “l’économie de partage” qui éliminent les intermédiaires physiques.

Les progrès économiques des 100 dernières années ont été une période faste dans l’histoire de l’humanité, car ils étaient fondés sur des travaux exécutés par la main de l’homme, motivant le plein emploi. Au 21è siècle, les robots et les logiciels remplacent ou vont remplacer des métiers incontournables dans tous les secteurs, des transports à la chirurgie.


Un Medipod qui opère sans chirurgien dans Prometheus de Ridley Scott 

Ces profonds changements sociétaux et économiques ne semblent pas encore être bien compris ! Comment font les politiques pour ne pas voir ou ignorer ces tendances irréversibles, trop préoccupés par le court terme? Que font les conseillers stratégiques des pouvoirs pour tenter de trouver des pivots ?

En 1912, le météorologiste Alfred Wegener suggère que la symétrie observée entre le contour des continents, en particulier entre la côte ouest de l’Afrique et la côte est de l’Amérique du Sud, n’est pas le fruit du hasard et qu’il y a bien une dérive des continents. Sa découverte fut rejetée par ses confrères jusqu’en 1950 où il a été prouvé qu’il avait raison. Faudra-il attendre 40 ans pour que la théorie de la destruction du travail tel qu’on le définit aujourd’hui soit reconnue?

1) Chômage en zone € (2013) :

 

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