Dette publique : le silence des médias

Article rebloggé paru le 11 décembre 2011. Depuis 1973, c’est le silence radio des médias et des experts du monde économique au sujet de la loi Pompidou-Giscard qui a offert aux actionnaires des banques privés Françaises puis européennes une rente capitalistique immuable au détriment des contribuables Français.

C’est le point aveugle du débat : la dette publique est une escroquerie ! En cause, la loi Pompidou-Giscard de 1973 sur la Banque de France, dite « loi Rothschild », du nom de la banque dont était issu le président français, étendue et confortée ensuite au niveau de l’Union européenne par les traités de Maastricht (article 104) et Lisbonne (article 123).

D’une seule phrase découle l’absolue spoliation dont est victime 99% de la population : « Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la banque de France ».

Contraint d’emprunter aux banques privées

En clair et pour faire simple, la Banque de France a désormais interdiction de faire crédit à l’État, le condamnant à se financer en empruntant, contre intérêts, aux banques privées, au lieu de continuer à emprunter sans intérêt auprès de la banque de France qui lui appartient. Depuis l’application de ce principe, la finance et son infime oligarchie donnent la pleine mesure de leur asservissement des peuples, en une spirale exponentielle d’accroissement des inégalités.

Le pouvoir est désormais aux mains des créanciers privés, qui l’exercent au bénéfice exclusif d’intérêts particuliers, quand la puissance publique a renoncé à son devoir de protéger l’intérêt général. La démocratie, étymologiquement pouvoir du peuple, est morte. On le voit en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en Italie, en France…

Qui gouverne ? « La troïka » – Union européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne – resserrant toujours davantage son emprise jusqu’à l’étranglement des peuples. Et l’on pérore sans fin sur les plateaux de télévisions, sur les ondes et dans les colonnes de la presse sur « l’insupportable fardeau de la dette », « la France en faillite », « les nécessaires sacrifices », que « nous ne pouvons pas continuer à vivre au-dessus de nos moyens » et que, d’ailleurs, « les Français l’ont compris ».

Silence médiatique

Inlassable propagande des conservateurs-libéraux ? Bien sûr, mais relayée par le silence complice des médias. Et c’est ainsi que s’imposent dans l’opinion les apparentes évidences biaisées qui prétendent l’austérité inéluctable, contre la justice et l’intelligence. Deux ans d’austérité en Grèce déjà, pour quel résultat ?

Avec toujours la même justification simpliste et manipulatrice, résumée par la question posée par un journaliste d’Europe 1 à Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à la présidentielle : « Mais comment des pays européens endettés peuvent-ils faire autrement pour réduire leurs déficits ? »

Un graphique pour illustrer le propos, qui montre l’hallucinante évolution de la courbe de la dette publique.

« Ainsi, entre 1980 et 2008, la dette a augmenté de 1088 milliards d’euros et nous avons payé 1306 milliards d’euros d’intérêts », résume Mai68.org. Faisons la soustraction : sans les intérêts illégitimes encaissés par les banksters financiers privés, la dette publique française se serait élevée, fin 2008, à 21,4 milliards d’euros – au lieu de 1327,1 milliards ! Un escroc peut-il rêver pareil butin ? Et personne ne dénonce jamais ce scandale absolu ! A part Mélenchon et l’extrême droite – qui ne le fait que par opportunisme, étant entendu qu’elle a toujours été au service zélé du capitalisme libéral et ne remettra donc jamais en cause son empire…

Mais les éminents confrères ? Les Calvi, Barbier, Demorand, Joffrin, Apathie, Bourdin, Pujadas ou qui savons-nous encore ? Ceci ressemble bien à une omerta. Et à une honteuse trahison de leur mission d’informer.

Article initialement publié sur plumedepresse.
Voir aussi, sur le même sujet, le projet de documentaire du mensuel Regards, L’arnaque du siècle.

Dette publique : le silence des médias

Débat entre Zemmour et Onfray

Emission Zemmour et Naulleau du 22 février 2017 sur le livre de Michel Onfray, auteur de « Décadence »

Débat entre Zemmour et Onfray

Vie et mort de la civilisation judéo-chrétienne

Entretien avec Michel Onfray – Source Comité Orwell

Ni rire, ni pleurer, mais comprendre. Dans son nouveau livre, Décadence (paru chez Flammarion), Michel Onfray refuse également l’optimisme et le pessimisme, pour donner une lecture tragique, c’est-à-dire s’efforçant de voir le réel tel qu’il est, de ce que fut la civilisation judéo-chrétienne, née d’une fable puisque selon lui Jésus-Christ n’aurait jamais existé. Comme toutes les religions, le christianisme est « une secte qui a réussi » par le recours à la force et à la violence, mais la déchristianisation laisse derrière elle un vide vertigineux. L’Islam et le transhumanisme s’élèvent sur les ruines de la civilisation judéo-chrétienne.

Pouvez-vous expliquer quel est votre schéma vitaliste concernant la vie et la mort des civilisations, et quel lien faites-vous entre civilisation et religion ?  

C’est un schéma post-marxiste, donc post-mécaniciste, post-matérialiste, du moins postérieur à un matérialisme simpliste et positiviste. Je pars du principe que le vivant fait la loi, y compris dans des organismes qu’il nous faut penser à nouveaux frais : les penseurs de l’écologie savent aujourd’hui penser la Nature en-dehors d’un pur et simple schéma mécaniste et matérialiste, en l’occurrence vitaliste. Il nous faut repenser la Civilisation dans ce nouvel esprit.

Le vitalisme est une tradition philosophique qui va de Spinoza à Deleuze en passant par Schopenhauer ou Nietzsche, sans oublier Bergson. Je m’inscris dans ce sillage. Les civilisations sont des forces et des formes qui débordent leur simple somme, de même que la vie s’avère plus que la simple addition des atomes qui la composent.

Rien de transcendant dans cette lecture, juste une proposition qui fait commencer la généalogie de la philosophie de l’histoire aux données offertes par… l’astrophysique. Je souhaite en finir avec ce péché mortel pour la pensée qu’est le vieil anthropomorphisme : l’homme n’est pas le fin mot de l’histoire, ni son alpha ni son oméga. J’inscris notre présent dans la longue durée, mais j’outre ce concept de Fernand Braudel pour le sortir de l’anthropocentrisme et le fixer dans l’ontologie. Tout ce qui est découle en effet de l’effondrement d’une étoile et se trouve de ce fait concerné par l’entropie – civilisations comprises.

Quels sont les fondements de la civilisation judéo-chrétienne : un concept avec Jésus-Christ, le glaive de Saint Paul, l’antisémitisme, un art politique pour lequel « le Beau dit le Bien dans l’État » avec Constantin ?

Il y a deux mille ans, les Juifs attendaient le retour du Messie alors que certains d’entre eux disaient qu’il n’allait pas venir parce qu’il était déjà venu, la preuve, tout ce qui avait été prédit était advenu : dès lors, Jésus devenait le nom qui cristallisait tous les caractères de celui dont on disait qu’il viendrait.

Ceux qui annoncent sa venue passée sont les chrétiens, ils s’opposent à ceux qui annoncent sa venue future, les juifs. Les chrétiens sont donc une branche hétérodoxe juive, d’où le judéo-christianisme.

La fondation est donc un Verbe – voilà pourquoi on peut dire que le Verbe s’est fait chair : d’abord avec la figure qu’on dit historique de Jésus, puis avec la figure militante de cette incarnation en la personne et l’action de Paul, enfin avec la figure militaire, armée, casquée et bottée qu’est l’Empereur Constantin qui convertit la totalité de l’Empire en même temps que sa petite personne. L’art sert ensuite, sous la conduite du pouvoir, à donner une consistance sensible à cette fiction intelligible pendant des siècles.

La raison est d’abord la « domestique de la foi », écrivez-vous dans votre livre. Quand et comment la raison va-t-elle acquérir une autonomie par rapport au religieux, mettant ainsi en péril la civilisation judéo-chrétienne ?

La raison cesse de travailler en faveur de la foi avec Montaigne quand il annonce qu’il croit en Dieu, mais que Dieu ne s’occupe pas du monde : il effectue le passage du théisme (Dieu a créé le monde et il s’occupe des détails) au déisme (Dieu a créé le monde mais il se moque absolument de ce qui y advient). Montaigne et un grand lecteur des auteurs anciens, on le sait. La découverte en 1417 du manuscrit de « La nature des choses » de Lucrèce, un texte atomiste, matérialiste, athée selon les catégories chrétiennes, permet un changement de paradigme intellectuel : la Raison ne sert plus à soutenir la foi, la croyance, la religion, mais à l’interroger, la questionner, l’inquiéter. C’est le sens de la Renaissance.

Après le fidéisme de Montaigne et le déisme de Descartes et avant Nietzsche, la mort de Dieu est annoncée par le curé Meslier en 1729. Elle est suivie par la déchristianisation. Quels en sont les principaux moments ?

La décapitation de Louis XVI, la Révolution française à partir de 1793, le totalitarisme bolchevique, la solution finale, Vatican II, Mai 68, sont autant de moments d’intensités dissemblables au cours desquels le christianisme perd de la vitesse : Louis XVI qui est le représentant de Dieu sur terre se fait guillotiner et le ciel ne dit rien ; la Terreur fait couler des flots de sang et Dieu ne l’empêche pas ; le marxisme-léninisme athée envoie des milliers de gens à la mort et Dieu reste encore silencieux ; il n’empêche pas la mort de six millions de Juifs dans les camps d’extermination nazis. Dès lors, entendant ce silence, Vatican II avalise cet effacement de Dieu, laïcise l’enseignement du catholicisme en le vidant de sa transcendance et de ses mystères pour en faire une morale de l’amour du prochain. Enfin, Mai 68 s’active selon le principe «  Ni Dieu ni maître ».

Le judéo-christianisme, c’est une autre des idées développées dans le livre, s’est perdu en voulant se sauver par le fascisme. Quels sont les liens entre christianisme et fascisme ? 

D’abord l’antisémitisme rabique qui, jusqu’à Jean-Paul II qui rompt avec ce funeste point de doctrine, fait des Juifs le peuple déicide et rend tous les juifs jusqu’à ce jour responsables de la mort de Jésus sur la Croix. Ensuite la haine du communisme parce qu’il est matérialiste et athée et qu’il fait de la religion catholique «  l’opium du peuple ».

Dès lors, dans la configuration européenne du XXe siècle qui commence avec la révolution bolchevique, antichrétienne, et se poursuit avec la lutte contre le bolchevisme menée par le nazisme, qui n’est pas ennemi avec le christianisme, l’Église opte pour les régimes fascistes qui s’opposent aux acquis de la Révolution française, donc aux droits de l’homme, et à la déchristianisation qui s’ensuit.

Aujourd’hui l’Occident est à prendre voire à vendre, dites-vous. L’Islam est-il aujourd’hui un danger plus menaçant encore pour nous que le transhumanisme, qui, lui, ne repose sur aucune transcendance ? Vous rappelez aussi dans votre livre que l’Islam avait mis seulement 20 ans pour faire son empire là où le Christianisme avait mis 3 siècles …

L’islam est plus à même de produire des effets dans l’immédiat alors que le transhumanisme est balbutiant… Ce que nous savons des potentialités transhumanistes est terrible : à côté de l’avenir qu’il nous promet, les menaces portées par l’islam politique sembleront des bluettes, de l’artisanat, du bricolage… Sous ses allures libertaires bonnasses, le transhumanisme nous promet le post-humanisme, la posthistoire et n’est pas pour rien dans l’actuel succès de la post vérité…

Vous évoquez à plusieurs reprises le déterminisme historique : « Le réel n’est jamais que le dépliage d’une fatalité, le pur effet du déterminisme. Les hommes s’illusionnent quand ils pensent vouloir ce qui les veut. ». N’est-ce pas contradictoire avec votre souverainisme, autrement dit avec l’idée que nous pouvons être maîtres de notre destin ?

Je sais que le souverainisme est un combat perdu, mais je le mène parce qu’il est une belle idée juste…

La civilisation judéo-chrétienne est en « phase terminale ». N’avons-nous, individuellement comme collectivement, d’autre perspective que celle de Cyrano : se battre même si c’est inutile ?

Oui, c’est tout à fait ça. Je ne double pas mon constat d’une Décadence avec la proposition d’une Renaissance : à deux années de mes soixante ans, j’ai passé l’âge de la Croyance pour entrer dans celui de la Raison ! On perd en illusion, mais on gagne en sagesse. Disons le plus précisément : on perd en illusion, donc on gagne en sagesse.

Propos recueillis par Laurent Ottavi

Vie et mort de la civilisation judéo-chrétienne