Xavier Comtesse m’a envoyé son dernier bouquin au travers d’un des territoires directs, l’email !
Diable, pourquoi devrais-je recevoir un courrier dans ma boite aux lettres physique qui m’invite à me rendre chez un libraire pour acheter l’ouvrage « L’invention des territoires directs par les gens ordinaires ». Un seul exemplaire truffé d’alerte sur les droits d’auteur et que je peux partager seulement qu’avec quelques amis.
Ce modèle de distribution de livres a perduré plus de 60 ans, avec des coûts de production et de distribution qui représentaient plus de 60% du prix du livre. Les territoires directs ont émergés dès les années 2000 et ont transformés la diffusion des contenus. Je ne reçois plus de courrier, Je ne vais plus chez le libraire, le livre est le plus souvent gratuit, je peux le lire sur un terminal mobile et je peux le diffuser de manière virale en m’affranchissant des frontières et du temps.
“J’entends souvent dire que ces modèles vont tuer la créativité et la culture car la gratuité ne permet pas de créer des contenus de qualité. Détrompez-vous, le prix payé aujourd’hui enrichit les maisons de disques, ce qui est compréhensible, mais ce qui l’est moins, c’est que le créateur s’enrichit sur des multiples de fortune qui n’ont plus rien à voir avec l’art et ses clients consommateurs. Dès lors, faut-il être très bien payé pour faire de l’art de qualité ?
Je suis certain que l’on ne paiera plus dans le futur pour voir un film, écouter un album… mais que ce seront des services périphériques payant qui permettront de soutenir la production d’une œuvre dont les rôles principaux seront tenus par des gens ordinaires qui émergeront des territoires directs”
Pascal Rossini
Je vous propose de vous faire une opinion sur ce qui est dit dans le livre de Xavier. Mais sans aucun doute, ce sera un ouvrage de référence pour les générations futures qui voudront comprendre la genèse du nouveau monde post 2008.
Le livre en PDF “L’invention des territoires directs par les gens ordinaires” sous les droits : Creative common
Voici quelques extraits :
« Afin d’amorcer cette gestion à venir, nous proposons d’intégrer 12 facteurs clés du changement et de compréhension des complexités. Clés qui, pour chaque décision de développement doivent à notre avis être intégrées:
1. L’économie directe
Avec la digitalisation du commerce, de la production et des services (e-banking, shop on line, e-news, e-travel, etc.), le consommActeur est devenu une composante incontournable de la création de la chaîne de valeur. Nous parlons désormais de consommActeur pour désigner ce changement de paradigme. Ce point est essentiel, notamment à l’heure de la refonte des formes administratives où de nombreux territoires, afin de choisir pour tel ou tel type de fusion ou de communauté d’agglomérations vont peser l’intérêt de conserver tel ou tel type de population en fonction notamment de critères fiscaux. Afin d’attirer la population choisie, une véritable stratégie va être mise en oeuvre, stratégie qui aujourd’hui, sans véritablement s’en cacher, prend le terme de panier de service. La fusion citoyen consommateur est en oeuvre.
2. Le savoir direct
Wikipedia, Google ont bouleversé les rapports aux savoirs. Désormais, chacun est potentiellement à la fois producteur et consommateur de savoir. Les anciens détenteurs du savoir (universités, éditeurs…) doivent composer avec un soudain renversement du savoir entamé par les gens ordinaires. Une des premières conséquences de ce phénomène est la disparition du notable, plus personne n’a la légitimité de la connaissance, une des premières victimes collatérales de ce phénomène est l’élu plus que jamais décrié.
3. L’information directe
Le monopole de l’information anciennement réservé aux médias centralisateurs a éclaté. Internet, les blogs, le téléphone mobile, la vidéo caméra incorporée ont bouleversé le champ de l’information professionnelle. Tout le monde peut se prétendre aujourd’hui «grand reporter». La vitesse de la circulation de l’information s’est accélérée de manière très significative. Précisons néanmoins que malgré les nombreuses applications TIC disponibles pour les collectivités territoriales, l’enjeu ici se pense généralement plus en termes de rationalisation des coûts et de communication, que dans un réel souci de démocratie participative. D’autre part intégrons que nous mesurons quotidiennement «l’infobésité» à laquelle nous confronte le web2.0 notamment. Cette inflation, risque à terme de se révéler contre-productive et surtout de générer une sous culture du ragot, une illisibilité des territoires. Dans ce cadre, il importe certainement que, en bonne intelligence, les collectivités territoriales intègrent une sorte d’éditorialisation urbaine. Que démocratiquement, elles sachent créer à cette échelle de véritables grilles de lecture du territoire et de ce qui l’anime.
4. L’E-administration
Le processus de digitalisation des administrations publiques a ouvert largement les administrations à l’activité propre de citoyens. Ils sont désormais en mesure de formuler et de suivre leurs démarches administratives de manière plus transparente et en gain réel de temps.
5. La connexion permanente
Qu’elle soit par fil (coaxiale, fibre optique) ou sans fil (WiFi, WIMax, UMTS, satellite), la connexion devient permanente et à haut débit. Textes, images et vidéos sont accessibles par tous en tout temps et tout lieu. Il n’existe plus de séparation entre mobilité physique et connexion virtuelle.
6. La carte et le territoire
La représentation a pris le dessus sur le réel. Google Map est en quelque sorte le nouveau territoire. Le GPS donne des contours aux villes en indiquant les itinéraires à suivre. La digitalisation de la cité crée des nouveaux parcours. La carte digitale est devenue la cité qui à son tour devient largement digitalisée. Si ce phénomène est en cours et parle réellement d’une appropriation de la carte par le plus large public et donc d’une capacité à investir différemment le territoire, une autre évolution fondamentale se dessine également. Rappelons que l’invention de la carte a pour première fonction de séparer le sacré du concret et de partager les rôles en inventant le politique. Depuis que nos schémas de représentation fonctionnent dans une logique galiléenne où la carte est un espace topologique constitué d’un ensemble de points déterminés permettant de s’orienter mais incapable de restituer ce qui s’y vit, génère une véritable «aliénation de l’analogie9». Une autre culture cartographique aujourd’hui se dessine, une culture qui très clairement rend compte du passage d’une logique représentative à une logique participative, celle du pli ou de la carte anamorphique. Ce qui compte dans ces nouvelles formes de cartographie est de représenter le temps de parcours, le dynamisme économique, ce qui s’y vit, la manière dont chacun dessine son territoire. C’est moins un ensemble de points qu’il s’agit de représenter précisément, qu’un ensemble de relations entre individus, activités qu’il faut mettre en oeuvre.
De véritables cartes émotionnelles se dessinent aujourd’hui, à partir des informations transmises par les mobiles par exemple et chacune de ces nouvelles formes parle plus efficacement du territoire et de sa complexité. L’émergence de jeux vidéos géo-localisés va permettre de créer des cartes qui cette fois ne dépendent plus du territoire mais des habitudes de chacun. La carte consistera moins en une représentation des distances, que des parcours et des habitudes. Une carte sera interchangeable entre usagers d’une même communauté qu’ils habitent à Beijing, Toulouse ou Enghien-les-Bains. Ce mouvement sans doute, plus que tous les autres répertoriés dans cet ouvrage, marque une évolution fondamentale du territoire et de sa représentation, du passage du représentatif au participatif.
7. Les tags virtuels
Chaque bâtiment, chaque route, chaque objet de la cité va demain posséder son propre «tag virtuel» sous la forme de bornes digitales nous informant en temps réel des lieux, de l’histoire des lieux, des compétences à proximité et de la délivrance dans le voisinage d’informations et connaissances utiles à l’usager.
8. L’expérience digitale
Des lieux digitaux se dispersent de plus en plus dans les zones urbaines. De l’Internet café au «digital wall» (sorte de portail ouvert sur le monde), du «Genius Bar» d’Apple au «creative corner» des technopôles, la ville débouchera sur l’expérimentation digitale en temps réel. La ville donc va se focaliser davantage autour du virtuel en développant des échanges d’expériences, en favorisant des contacts entre partenaires de réseaux ou en organisant des rencontres de blogueurs.
9. Les techno-squares
À l’image de ce qui se passe déjà à Boston, la technologie va envahir les squares comme lieu privilégié des transferts de connaissances et de compétences. Longtemps cantonnées dans les technoparcs, la science et la technique vont déborder sur les lieux publics comme les places ou les cafés qui serviront de lieux d’animations et d’échanges. La technologie va prendre de la place dans les discussions du café du commerce!
10. Les nouveaux services du savoir
La digitalisation accrue des services va inventer de nouveaux services d’aide à l’acquisition et à la diffusion des savoirs. Le livre digital sera à disposition partout dans la cité. Il sera interactif, commenté et utilisable comme un instrument de communication en temps réel. Plus un livre sera consulté, plus il bénéficiera des libres commentaires, de vifs arguments et de nombreux ajouts et rectifications de lecteurs. Cette participation à l’accroissement de la connaissance sera réalisée sur une base volontaire à l’image de Wikipedia aujourd’hui. Certains livres auront une extension inattendue de leur durée de lectures (long tail) et seront au centre des nouveaux savoirs.
11. Les collectivités publiques et les Think Tanks
Les collectivités publiques vont ouvrir aux citoyens les laboratoires d’idées (Think Tanks) afin de mener en permanence une réflexion tournée sur l’avenir en traitant des questions plus larges sur l’économie, le social, la culture, les arts ou la réflexion philosophique sur le devenir de nos sociétés. Ce type de Think Tank ouvert et permanent sera l’une des mutations importantes offertes par les cités à leurs habitants. Cela pourrait dépasser le phénomène actuel des blogs car cela va introduire une composante communautaire.
12. La gouvernance digitale
Si chacun de nous entre dans la discussion politique permanente de la gestion des territoires, la gouvernance digitale sera de type co-créative et multi-stakeholders




